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Nous savons que la mitsva, en général,  a pour objectif de mettre en « ordre »une situation qui sans elle resterait en désordre. Pour être précis, nous dirons que l’homme seul n’a pas l’aptitude et l’obligation  à réaliser tel ou tel objectif, si l’injonction à l’atteindre ne lui est pas signifiée. A propos du Commandement dont il est ici question,  nous savons qu’aimer un Ê.tre qui n’est pas de chair et de sang n’est pas entreprise facile à comprendre, alors à réaliser !

C’est bien la raison pour laquelle le Thora nous précise que l’effort que l’homme doit entreprendre dans sa  relation au divin doit se situer dans le développement de l’effort amoureux,  car le respect, étroitement lié à la crainte est naturellement impliqué dans sa connexion à l’ineffable. Il paraît constructif qu’il nous fût demandé d’aimer, le D.ieu d’Amour,  mais qui est, en même temps, le D.ieu de Justice, est une difficulté. Il faut donc développer ce niveau de conscience et de maturité qui me permettra de dire, sans que la contradiction soit si forte qu’elle finisse par me conduire à la critique :

Ce M.aître suprême, il est tout à la fois Avinou (notre père) et comme s’il y a avait danger à se considérer comme des fils à qui le père pardonnerait toujours, on rajoute sans délai, Malkénou (notre Roi)      

Comment éviter cette fascination interne au regard de cet impératif. Être capable d’aimer D.ieu, ou d’aller en ce sens, revient à dire que l’amour peut impliquer une valeur qui le nie. Mon père ne peut être mon juge. Pas une once de respect ne devra manquer à l’honneur que je dois à mon, père quand il n’annoncera une décision désagréable me concernant.

Kavod seulement, puisque je n’ai pas obligation de l’aimer. Par contre, quand je verrai les affreuses files de « Nuit et brouillard » et que je ne pourrai neutraliser cette sourde colère qui du fond de mes entrailles, pourrait me mener au blasphème, cette même voix qui prendra l’intonation de l’enfant, me chuchotera « Véaavta èete Hachem Elokera, » tu aimeras, l’E. ternel, ton D.ieu, de tout ton cœur. Puis on s’élève : « de toute ton âme et de tout de ton pouvoir »

Ce qui semble indiquer que si l’on veut  donner sa chance à l’amour de D.ieu, une des obligations les plus difficiles, consistera par la réflexion, l’étude et la volonté à être capable de réduire à néant toute approche « contemplative. » Seront impliqués, sentiment, raison, qualités de l’être, sans méconnaître l’apport  indispensable de l’avoir, de l’acquis à tous les niveaux de possession, que par le mérite, le travail ou la chance,  on a pu se rendre maître.

Par contre, il apparaît moins évident que le respect du aux parents soit « prescrit » tant il est naturel qu’il s’exerce sans qu’il soit besoin de l’indiquer. Et bien, non ! Le respect n’est pas implicite, précisément parce qu’il y a l’amour inné qui lui n’est pas « ordonné envers les parents. Chez les Romains, par exemple, le respect aux parents (pietas est un devoir rituel plus qu’un sentiment qui s’inscrit dans la soumission aux dieux.)

La Thora nous montre là une voie inhabituelle, dans la mesure où le respect des parents semble être dans la culture universelle, une donnée évidente, naturelle, et s’imposant au bon sens comme une vertu  irréversible.

L’amour n’obligerait donc pas naturellement au respect. La raison paraît se trouver dans le verset de la genèse, quand la femme fut créée, Adam dit à propos d’Eve « os de mes os, chair de ma chair ». Une des définitions de l’amour nous est ici donnée. L’amour serait la confusion, l’osmose de deux identités. Dans ces conditions, « ceux qui s’aiment », auraient tendance à ne pas considérer  que « l’autre aimé » soit un être séparé et indépendant. D’où la tentation de ne pas prendre au sérieux ses droits. Genèse II 24 : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme « et ils deviendront une seule chair » L’approche semble ici défendre la thèse, « qu’aimer, c’est ne plus distinguer « je » et « tu » puisqu’il n’y a qu’une seule chair.

 La Thora vient ici rappeler qu’au-delà ou en deçà du mariage, quand bien même, il serait l’expression d’une passion, du point de vue du droit, il n’est qu’un…contrat !  « Il quittera son père et sa mère. » Qu’est ce à dire ? Mutation de l’amour dépendant en amour libéré ? Est-ce une injonction ou un constat ?  Dans le premier cas, cela voudrait dire que certains hommes, tout en étant mariés, gardent pour leur mère  un amour incompatible avec la possibilité de n’être qu’une seule char avec sa femme.

Si apparemment, l’homme se soustrait par l’éloignement à l’autorité, donc à la considération, la Loi rappelle l’obligation du « respect » précisément parce qu’il y a là risque majeur à la rébellion. « Quitter son père et sa mère » c’est passer de l’amour dépendant à l’amour filial qui, la Thora est formelle, est un amour fondé sur la crainte. Mais peut-il y avoir amour sans crainte ? La crainte prise ici dans le sens de peur de « mal faire sans savoir ». Cette crainte là n’est-elle pas le début de la sagesse. Yirat chamaym réchit hohma !       

Malraux disait : « aimer ce n’est pas dire des…bêtises ! C’est dire : Tu m’es nécessaire ! » Voilà qui éclaire notre affaire !!!

  

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