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 Dans la plupart des cultures, partager le repas, s’asseoir à la même table, c’est souvent exprimer la même philosophie, et vivre un idéal similaire. S’y soustraire présente le risque d’une interprétation fondée sur la différence, quand ce n’est pas la discrimination, voire davantage.

En Occident chrétien, depuis l’importance accordée au dernier repas de Jésus pris avec ses disciples et qui deviendra la Cène, partager son repas avec quiconque, c’est associer au sacré, cet acte élémentaire. Quand bien même, cette notion du sacré n’est pas consciemment reçue pour telle, elle s’associe dans l’inconscient collectif de la civilisation à une réminiscence sacrale.

Et c’est précisément la raison pour laquelle les Juifs s’abstiennent d’y participer. Il n’y a là rien qui puisse être de nature discriminatoire ou contribuer à édifier une barrière porteuse de ségrégations. Il s’agit essentiellement de deux conceptions opposées  de la fonction nutritive, dont l’une est purement biologique, d’où l’absence d’interdits si les nourritures sont conformes à ces impératifs objectifs et l’autre fondamentalement sacrée rattachée au culte sacrificiel ainsi qu’à la définition même de la nourriture.

D’abord voyons l’aspect lié à l’éthique. Manger n’est pas que biologique. Manger, c’est d’abord et surtout « se construire ». Consommer son repas, c’est mettre en jeu diverses forces porteuses de moralité. Que de fautes, de crimes n’a-t-on pas commis parce qu’ « il faut manger pour vivre » Se nourrir est donc le fondement de toutes les entorses faîtes à la morale.

Il faut donc qu’il existe une possibilité de se soustraire à cette spirale infernale, en faisant la preuve qu’on est capable,  sans violation d’aucune sorte,  de consommer un repas non entaché d’irrégularité liée à l’obligation de se nourrir. D’où le rappel permanent que la table autour de laquelle on prend ses repas doit être assimilée à l’autel des sacrifices du temple de Jérusalem.

On voit donc la différence entre les deux conceptions. Habitués aux divergences de la pensée par rapport à une œuvre de l’esprit,  on perd de vue que la Tradition Juive définit aussi une divergence de la pensée par rapport à « l’assiette ». Dans ces conditions, si Juifs et non Juifs participent au même repas, c’est que l’un des deux aura implicitement dénoncé son héritage. Et  nul n’a le droit de cracher sur la tombe de ses pères.

Loin d’être une discrimination, l’abstention des repas pris en commun marque le refus des confusions et démontre que le respect  et la considération n’obligent pas à des compromis. Fraterniser sans manger ensemble est le signe d’une amitié vraie parce qu’elle n’exige rien en retour !

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